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A Paris, les mille fêtes de Belleville

23/02/2011
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Vue du Parc de Belleville

Belleville est un quartier parisien connu pour ses restaurants chinois et pour ses bars animés le soir. Si la culture asiatique est présente dans le quartier depuis la fin du XXème siècle, le rituel de la fête se perpétue ici depuis le XVIIIème siècle. Des guinguettes légendaires se tenaient dans ce quartier alors aux portes de Paris, attirant des artistes aussi bien bourgeois que bohèmes. Il conserve de son passé ouvrier une ambiance populaire et cosmopolite, une culture alternative et quelques rues étroites où se trouvaient jadis bon nombre d’ateliers d’artisans.

Belleville est peuplé depuis le temps des Rois mérovingiens, lorsque le village s’appelait Savies, et que les coteaux de ce quartier n’étaient que vignes et champs. Au XIIIème siècle, le quartier prend le nom d’un roturier puissant : Pointronville, avant d’être rebaptisé Belleville au XIVème. Il est le siège d’une exploitation agricole jusqu’à la Révolution française. Une enceinte est alors construite autour de Paris pour faire respecter l’octroi, une taxe citadine prélevée à l’entrée de la cité. Le Mur des Fermiers généraux est érigé, la barrière de Belleville marquant la séparation entre la basse Courtille, alors dans Paris, et la haute Courtille, appelé Faubourg Belleville.

Au temps des guinguettes et du Carnaval de Paris

Avec l’avènement de l’octroi, de nombreux cabarets populaires poussés hors de Paris prospéraient ici dans un cadre bucolique. Voltaire comme d’autres gentilshommes venaient s’encanailler dans ces guinguettes, lieux de fête et d’excès, où l’on consommait de la piquette bon marché et des filles de joie. C’était à la Courtille que se donnaient les repas de noces de la petite bourgeoisie parisienne, des marchands et des ouvriers des quartiers avoisinant la barrière. On y chantait et dansait beaucoup : la « goguette des joyeux » s’était constituée en « société lyrico-bachique » dès 1792. On y braillait un hymne connu sous le nom de « la Marseillaise de Courtille ».
A chacun son cabaret : la guinguette « L’Ile d’Amour » réunissait davantage la société bourgeoise et intellectuelle, notamment les poètes Gérard de Nerval et Alfred de Musset. A partir de 1822, la descente de la Courtille devint célèbre car elle était l’une des trois parades du Carnaval de Paris qui se rejoignaient le matin du mercredi des Cendres à l’Hôtel de ville pour un grand bal populaire.
Ce événement prit une ampleur gigantesque et une forme organisée à partir de 1822. La descente de la Courtille était réputée pour être une foule tapageuse de gens de toutes conditions sociales, masqués et déguisés, ivres, se roulant par terre, chantant, criant, jurant, après une nuit passée à boire dans les guinguettes du haut de Belleville.

Une sombre époque industrielle

Durant la première moitié du XIXème siècle, des industries interdites à Paris car jugées insalubres s’installent dans ce quartier miséreux, ainsi que de nombreux artisans : maroquiniers, chapeliers… De cette époque subsistent des ateliers d’artistes dans les petites rues du quartier. Dès 1850, Belleville est l’un des nombreux « faubourgs » parisiens qui voient affluer les miséreux des campagnes françaises – Auvergnats, Alsaciens et Bourguignons – des immigrés de toute l’Europe et des familles pauvres chassées du centre de Paris par les grands travaux Haussmanien.

En 1860, le quartier est rattaché à la ville de Paris, la taxation de l’octroi entraîne le déclin des cabarets et du quartier. Un nouveau tissu urbain nait, les vignobles disparaissent. En 1885, la population de Belleville comptait 9.000 petits fabricants et 30.000 ouvriers, dont près de la moitié travaillaient hors de Belleville. Pour faire face à cette densité de population extrême, la ville de Paris décide la construction d’un tramway funiculaire drainant les « petites mains » vers la ville. De 1891 à 1924, un tramway conçu par l’ingénieur du métro parisien Fulgence Bienvenüe reliait la place de la République jusqu’à l’actuelle station de métro Jourdain, remontant toute la rue de Belleville.

La Tour de Babel du XXème siècle

Après la Grande Guerre, de nombreux peuples persécutés par les Nazis posent leur ballot dans ce quartier : Polonais, Arméniens, juifs d’Europe de l’Est, Grecs, suivis par les Espagnols et les Algériens dans les années 1920 et les juifs d’Allemagne dix ans plus tard. Les rafles de la Gestapo en 1942 vident des rues entière de leur population juive ashkénazes, comme les rues Vilin ou Julien Lacroix.
Le Mémorial des enfants juifs déportés de France de Serge Klarsfeld recense une trentaine d’enfants disparus dans la seule rue Ramponeau. Après la seconde guerre mondiale, la décolonisation apporte son lot de nouveaux migrants. A partir de 1950, de nombreux juifs d’Afrique du Nord s’installent à Belleville, principalement de Tunisie où l’indépendance a été proclamée. Aujourd’hui encore il reste une importante communauté juive séfarade comme en témoigne les magasins d’alimentation et restaurants casher du quartier.

La rénovation de Belleville débutera à cette époque et jusque dans les années 70. lLes îlots les plus insalubres sont rasés, les étroits passages du quartier sont élargis, des tours et barres caractéristiques des « cités radieuses » de l’architecte Le Corbusier sortent de terre, comme en témoignent les cités « Nouveau-Belleville » ou « l’ensemble Couronne ».
Ce n’est qu’à partir de 1977 que la ville de Paris décide de rénover l’ancien bâti et de créer des espaces verts, comme l’actuel parc de Belleville.

Dans les années 80, de nombreux kabyles reprennent les bars des Auvergnats en partance et déjà une nouvelle population de « bobos » parisiens, artistes et intellectuels, s’installe déjà dans ce quartier animé, cosmopolite et peu cher. Yougoslaves, Turcs (principalement Kurdes) et Africains de l’Ouest posent leurs valises ici, ainsi que les Chinois, qui investissent progressivement les commerces et restaurants du quartier. Les Teochew, originaire de l’ex-Indochine, sont suivis par les chinois du Wenzhou (sud de Shangai). Ils ouvrent des restaurants emblématiques du quartier comme le Président sur le carrefour de Belleville, où sont garées les jours de mariage chinois, de rutilantes Limousines.

Balade au coeur de Belleville

  • La rue de Belleville
    (Coordonnées GPS : 48.872181 x 2.377424)

C’est la rue principale qui monte lorsque vous sortez du métro Belleville.
Au n°46, vous trouverez l’entrée de la cour Lesage au fond de laquelle se trouvait le  Théâtre de Belleville, aujourd’hui disparu. Inauguré le 25 octobre 1828, ce théâtre populaire jouait le drame historique, le mélodrame et le Vaudeville. En 1932 il est remplacé par un immeuble de style Art déco comprenant toujours un théâtre, mais aussi un restaurant, un dancing et un garage. Jusque dans les années 1940, théâtre et cinéma cohabitent à cette adresse, qui devient un un music-hall avant de fermer définitivement en 1962.

Au n°72, une plaque marque la maison natale de la chanteuse Édith Piaf, « la môme » du quartier qui galopait avec la marmaille miséreuse du Belleville de l’entre deux-guerre. A l’image des vies rudes des habitants de ce quartier de bohème, elle était la fille de Louis Gassion, artiste contorsionniste de cirque, et de Line Marsa, écuyère, funambule et chanteuse de cabaret.

Au n°139, l’Église Saint-Jean-Baptiste de Belleville se situe à la station de métro Jourdain. C’est l’oeuvre la plus aboutie de l’architecte Lassus, pionner du néo-gothique. Construite entre 1854 et 1859, chaque flèche mesure 57 mètres. On les aperçoit depuis les hauteurs du parc de Belleville. Jean le Baptiste est le saint patron de l’église et de la paroisse, la façade lui est consacrée.

Au n°213, le Regard de la Lanterne est un petit bâtiment en pierres, de forme cylindrique, couvert par une coupole. C’est ici que se trouvait à l’époque des Rois Mérovingiens, Savis (l’ancien nom de Belleville), connu pour ses précieuses sources qui alimentaient en eau la Cité de Paris et les abbayes en contrebas. Ces sources sont connues depuis les Romains qui, dès le IIème siècle, arrosaient Lutèce en eau grâce à un grand aqueduc, disparu pendant les invasions barbares puis reconstruit sous le Roi Philippe Auguste au XIIème.

La rue Dénoyez porte le nom du propriétaire d’une guinguette réputée pour être un haut lieu de divertissement dans les années 1830. A l’angle du bar les Folies, nom d’une autre guinguette de l’époque, en bas de la rue de Belleville, prenez cette rue à droite et admirez les petites maisons basses qui s’y succèdent. Il s’agit d’ateliers d’artistes hérités des artisans qui y travaillaient au XIXème siècle. Aujourd’hui, la vie artistique y est toujours très active comme en témoignent les murs, décorés par des graffeurs du quartier.

  • La Rue Ramponeau
    (GPS : 48.870992 x 2.379135)

Elle doit son nom au tenancier du cabaret Ramponeau, l’une des guinguettes les plus prisées du tout Paris au XVIIIème siècle, avec celle de Desnoyer. A l’angle de la rue Ramponeau et du Boulevard de Belleville, la Poste est située sur un ancien poste frontière qui marquait la frontière entre Paris et le faubourg de Belleville, à l’époque où l’enceinte des fermiers généraux délimitait la ville. La maison basse sur un étage couverte de tuiles plates est l’un des rares témoignages de cette époque.
Pendant l’insurrection de la commune à Paris en 1871, des artilleurs versaillais tentèrent d’incendier Belleville où étaient réfugiés des communards pendant la Semaine sanglante. La dernière barricade  à tomber est celle de la rue Ramponneau. lls capturent alors Eugène Varlin, membre de l’internationale, et l’emmenent à Montmatre où il est lynché, éborgné par lafoule et finalement fusillé par les « lignards ».

  • Le parc de Belleville
    (GPS : 48.870985 x 2.383379)

Situé à mi-chemin entre le parc des Buttes-Chaumont et le cimetière du Père-Lachaise, il a été inauguré en 1988. Le parc de Belleville culmine à 108 mètres, une terrasse au sommet offre une vue panoramique sur une partie de Paris, on voit la Tour Eiffel au loin. Une fontaine en cascades de 100 mètres de long dévale la colline depuis la Maison de l’air, un espace éducatif sur la pollution de l’air.
Domaine Royal sous les Mérovingiens, la colline a longtemps été une terre agricole où l’on cultivait notamment la vigne pour produire la « piquette », un vin jeune et légèrement pétillant. On y trouve quelques vignes en mémoire des cultures et des fêtes qui s’y déroulaient autrefois.

Texte : Camille Griffoulières
Photos : rebelreflex.de / Camille Griffoulières / Olivier / Marcela Bonilla Rubio
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