Avec les GPS MIO
« La ville ne sourit qu’à ceux qui l’approchent et flânent dans ses rues », écrivait Julien Green. Et aux bords de ses canaux, serait-on tenté d’ajouter, tant ces derniers ont façonné et façonnent encore l’âme, l’identité et l’atmosphère de Paris. Visite guidée au fil de l’eau.
Avant d’être un lieu de promenade privilégié des parisiens et un quartier particulièrement recherché, les abords du Canal Saint-Martin et plus généralement le Xème arrondissement n’étaient qu’un paysage de marécages, avec ici et là quelques jardins cultivés. Un ancien bras de Seine traversait ce marais, plusieurs communautés religieuses l’assécheront pour le cultiver.
Commencée en 1805, par ses deux extrémités, la construction du canal Saint-Martin ne s’est terminée qu’en 1825. Il était très difficile d’insérer un tel ouvrage dans un site déjà très urbanisé où se côtoyaient entrepôts, meuneries, vitreries, etc. Le Préfet Haussmann, sous le Second Empire, a voulu créer le boulevard du Prince-Eugène (l’actuel boulevard Voltaire) mais il s’est heurté à la présence du canal. Il aurait fallu un pont mobile, chose inacceptable pour une grande voie destinée à recevoir une forte circulation.
L’ingénieur Belgrand a résolu le problème : l’échelle d’écluses de la Bastille a été déplacée d’environ deux kilomètres vers l’amont, et reconstruite au niveau de la rue du Faubourg du Temple. Le canal a ainsi été abaissé de cinq mètres, et cela permit de réaliser un pont fixe pour le franchissement du nouveau boulevard. L’approfondissement du canal créait une tranchée et supprimait tous les ports. Le préfet Haussmann compléta l’opération par la couverture du canal : une voûte relie la Bastille et l’avenue de la République, créant ainsi le boulevard Richard-Lenoir. L’ensemble de l’opération fut réalisé entre 1860 et 1862.
Aujourd’hui, le Canal Saint-Martin s’étire sur 4,5 km, il est entièrement situé à Paris (XIXème, Xème, XIème, IVème et XIIème arrondissements). Après deux kilomètres de parcours souterrain depuis le Port de l’Arsenal, il ressort à proximité de la place de la République, point de départ d’une balade romantique le long de ses berges, qui va nous mener jusqu’au mythique Hôtel du Nord et nous faire découvrir un Paris insolite et secret. Passé, présent, traditions, il s’en dégage une certaine « athmosphère », référence à « L’Hôtel du Nord », célèbre film de Marcel Carné prenant le canal pour décor.
Neuf écluses, des passerelles de fer, un plan d’eau parfois plus élevé que la chaussée, des pavés et des rangées d’arbres centenaires : le Canal Saint-Martin compose sous le ciel parisien un paysage plein de charme, emprunt d’une certaine mélancolie. Cette coulée rectiligne est une balade des plus agréables, à l’écart des grands sites touristiques, et il ne faut pas hésiter à emprunter les passerelles pour découvrir les plus jolis points de vue sur le canal.
Square Frédérick-Lemaître. Depuis ce petit square pavé, entouré de platanes, on découvre une jolie vue sur la première écluse de la balade. C’est en effet à cet endroit que le canal réapparaît après son parcours souterrain depuis la Bastille (il passe notamment sous la place des Vosges, dans le IVème arrondissement). En se retournant, on a une belle perspective sur les élégantes passerelles du Canal, qui continue sa route vers le Nord. Vers le Nord justement, au bout de la rue Léon Jouhaux, se trouve la passerelle piétonne de la Douane. C’est la plus ancienne du Canal Saint-Martin, les marches en béton en remplacé le bois d’origine.
Inauguré en 1925, le Canal Saint-Martin comporte 9 écluses et 2 ponts tournants. Il est ouvert à la navigation 363 jours par an (les deux jours restant étant consacrés à son nettoyage). Le trafic commercial a beaucoup diminué. Une activité touristique très importante s’est développée, surtout liée aux bateaux de transport de passagers mais aussi aux bateaux de plaisance individuels. C’est toujours un spectacle de voir les manœuvres, et l’on prend plaisir à regarder le pont tournant laisser le passage aux bateaux.
En continuant le parcours, on tombe sur un premier pont tournant : celui de la rue Dieu. Cette rue a pris le nom, depuis son ouverture en 1867, du général Dieu, mort des suites de ses blessures qu’il avait reçues à la bataille de Solférino (1859).
Le pont tournant de la Grange aux Belles succède à celui de la rue Dieu. Il relie les rues de Lancry et de la Grange aux Belles. Cet ouvrage est classé monument historique.Le pont tournant de la Grange-aux-Belles est en réalité l’ancien pont de Crimée qui fut remplacé en 1885 par l’actuel pont levant à crémaillère. Il tient son nom d’un lieu-dit nommé Grange aux Pelles, puis Grange aux Belles par enjolivement.
A proximité se tient le square des Recollets, baptisé ainsi du fait de la présence de l’ancien couvent des Récollets, situé square Villemin, à gauche en direction de la Villette. Le square encadre la double écluse des Récollets. A droite, un petit panneau indique un lieu mythique à Paris…
L’histoire de l’Hôtel du Nord est indissociable de celle du Canal Saint-Martin. Au début du XXème siècle, il était le lieu de rendez-vous et le pied à terre des ouvriers et des marins d’eau douce. En 1938, Marcel Carné en fait une star en le mettant au centre de son film, justement baptisé « L’Hôtel du Nord ».

Depuis, transformé en petit hôtel de charme, il fait la joie des touristes et des cinéphiles qui, aujourd’hui encore se pressent sur les lieux. L’hôtel du Nord a bien failli disparaître, et c’est grâce aux sollicitations répétées des parisiens qu’il a pu rouvrir en 1993. Il ne reste que la façade de l‘édifice original, pour autant, l’esprit d’Arletty et de Louis Jouvet, les acteurs qui ont contribué à son mythe est toujours présent.
Un peu plus loin, vous tomberez sur une double écluse. L’écluse dite « des Morts » doit son nom à deux lieux macabres situés à proximité : un cimetière mérovingien et le sinistre mais célèbre Gibet de Montfaucon, principale potence des rois de France, détruite en 1760. Après l’écluse, on arrive place de la bataille de Staligrad, et derrière le métro aérien, le canal de l’Ourcq apparait. Il fera l’objet d’une prochaine visite.
— plaisir des yeux
— boire un verre, dîner



